Jérémie RoyLE PREMIER SEXELE PREMIER SEXE (Eric Zemmour)
C'est tout le paradoxe féminin. Les femmes conduisent quand la vitesse est limitée; elles fument quand le tabac tue; elles obtiennent la parité quand la politique ne sert plus à grand-chose; elles votent à gauche quand la Révolution est finie; elles deviennent un argument de marketing littéraire quand la littérature se meurt; elles découvrent le football quand la magie de mon enfance est devenue un tiroir-caisse. Il y a une malédiction féminine qui est l'envers d'une bénédiction. Elles ne détruisent pas, elles protègent. Elles ne créent pas, elles entretiennent. Elles n'inventent pas, elles conservent. Elles ne forcent pas, elles préservent. Elles ne transgressent pas, elles civilisent. Elles ne règnent pas, elles régentent. En se féminisant, les hommes se stérilisent, ils s'interdisent toute audace, toute innovation, toute transgression. Ils se contentent de conserver. On explique en général la stagnation intellectuelle et économique de l'Europe par le vieillissement de sa population. Mais Cervantès écrivit Don Quichotte à 75 ans. Mais de Gaulle revint au pouvoir à 68 ans, et le chancelier allemand Audenauer à plus de 70 ans. On ne songe jamais - ou n'ose jamais songer - à sa féminisation. Les rares hommes qui veulent conserver la réalité phallique du pouvoir se barricadent efficacement contre la féminisation de leur profession. Ils agissent comme s'ils étaient des îlots de virilité dans un monde féminisé. On les traite de «machos», ils n'en ont cure. Ils approuvent les lois sur la parité que votent les politiques en se gardant bien de faire de même au sein des conseils d'administration. Parce que le pouvoir, c'est la capacité au moment ultime de tuer l'adversaire. C'est, au final, l'instinct de mort. C'est pourquoi le pouvoir est le grand tabou de notre époque. A cette affirmation qui leur a été soumise par Cofremca Sociovision: «Les choses marcheraient mieux si plus de femmes avaient des responsabilités dans les gouvernements et dans les entreprises», 70% des personnes interrogées, hommes et femmes confondus, dans tous les pays d'Europe, et jusque dans les grandes villes du Brésil ou de l'Inde, réagissent favorablement. Et Patrick Degrave, président du conseil de surveillance de Sociovision Cofremca, de commenter non sans pertinence: «Les analyses de Sociovision Cofremca montrent que les femmes sont en moyenne assez peu attirées par le pouvoir, en particulier nettement moins que les hommes. Elles sont en pointe sur l'éloignement des comportements hiérarchiques et sur la recherche d'une société plus harmonieuse. Aux comportements masculins orientés vers la compétition, les plaisirs intenses, le respect des rôles traditionnels, la rationalité, elles opposent l'émotion, la sensibilité, la société protectrice, la qualité de la vie, le désir de donner un sens à sa vie. S'il y a recherche de conquête de pouvoir chez les femmes, c'est assurément pour infléchir la marche de la société. «Cette alternative sociétale rend-elle la position des hommes et des femmes durablement inconciliables? Non, si on regarde les positions des jeunes hommes. Leurs attitudes sont plus proches de celles des femmes que de celles de leurs aînés masculins. Il y a là une source de méditation pour les gouvernants et les dirigeants d'entreprise.» Le pouvoir, c'est le mal, la mort, le phallus, l'homme. Plus personne, dans les jeunes générations de nos pays, ne veut assumer ce fardeau. Volonté de l'homme blanc de sortir de l'histoire, en spectateur effrayé de sa propre histoire, grandiose et sanglante. Volonté d'échapper aussi à la tyrannie de la raison qui illumine, pour le meilleur et pour le pire, l'histoire de l'Occident. La féminisation des hommes et de la société est vécue comme une alternative bienheureuse, la quête d'un âge d'or, la parousie universelle. Le rêve féministe s'est substitué au rêve communiste. On sait comment ces rêves finissent. Dans le reste du monde, on n'en est pas là. Les Américains, les Chinois, les Indiens, les Arabes, les Russes assument la force, la violence, la guerre, la mort, la virilité. Hors du monde occidental, les hommes défendent jalousement leur domination comme un trésor et refusent, qu'ils soient musulmans, hindous ou bouddhistes, d'aligner le «statut» de leurs femmes sur celui des Européennes. Des musulmans aux chanteurs de reggae, l'influence homosexuelle est clairement désignée comme une menace à éradiquer. Aux Etats-Unis, ce fut d'abord le contraire. Les femmes ont, les premières, obtenu l'égalité, le respect, l'indifférenciation. Les lois contre le harcèlement sexuel, le partage des rôles à la maison, l'entrée massive, et aux plus hauts postes de cadres, dans la vie professionnelle. Tout ce dont rêvent les féministes du monde entier. Tout ce qu'ont incarné Jane Fonda ou Hillary Clinton. C'est aux Etats-Unis qu'est né l'homme féminisé. L'homme castré. Mais c'est aussi des Etats-Unis qu'est venue une vigoureuse réaction masculiniste, avec ces groupes d'hommes qui réapprennent leur virilité dans des forêts. Et George Bush, ses bottes de Texan et ses «néoconservateurs» viennent de Mars et non de Vénus. Face à cette évolution, les sociétés européenne et américaine risquent de s'éloigner de plus en plus, une dérive des continents où l'Europe incarnerait la femme et l'Amérique l'homme. Ou alors, comme d'habitude dans l'histoire du XXe siècle, les évolutions de l'Amérique préfigurent-elles les nôtres avec vingt ans d'avance? Mais cette révolution masculiniste se fera dans un contexte délicat et inédit. Dans nos banlieues, l'islamisation, démographique ou culturelle, a entamé son travail de séparation rigoriste des sexes et d'enfermement des femmes. Par la télévision, le nouveau modèle américain bushiste, viril et néoconservateur imprègne les cerveaux juvéniles. Ces deux modèles répondent d'ores et déjà à la demande d'ordre qui transpire par tous les pores de la société française, minée par trente ans de désordre féminin. L'anarchie appelle la dictature, à l'anomie succède la tyrannie. C'est ce qui nous guette.
Article ajouté le 2006-12-08 , consulté 162 fois CommentairesLiensAfficher une version imprimable de cet article Retour aux articles |