Jérémie RoyLIBERTE DE PRESSE OU PRESSE DE TOUTES LES LIBERTES?QUAND LA PRESSE PREND DES LIBERTES GRACE A LA LIBERTE DE PRESSE Le journalisme n'est pas simple travail d'objectivité. A la retranscription factuelle s'ajoute, doit s'ajouter, une analyse fine et précise de l'objet observé qui, plus que l'agrémenter, permet, de l'Enarque jusqu'au petit prolétaire, de pouvoir appréhender, comprendre et interpréter l'information. Car le droit à l'information est universel. L'universalité est un droit. Fort de divers outils de couverture de tout ce qui peut constituer de l' »événementiel » (presse écrite, télévision, radio), ainsi que d'outils d'analyse, les médias se sont fait un devoir de satisfaire ce droit à l'information, afin que le sympathique étudiant de la Sorbonne, autant que l'éleveur de poulet du Cantal jusqu'au fleuriste du VIIIème aient accès à l'actualité et à son analyse. Plus qu'une vocation, le journalisme constitue un témoin éloquent de la représentation légitime d'un état de Droit –sans presse écrite libre, sans télévision et sans radio libre, ce pays ne serait en effet pas un pays de Droit–, assurant la pérennité de nos sociétés car arguant librement et sans équivoque ce qu'il considère devoir de l'actualité être légitimement légué à l'Histoire. Cet insigne privilège n'en constitue pas moins un héritage extrêmement lourd à porter. Car si le média use de sa liberté afin de faire valoir ses droits, c'est précisément parce qu'il évolue dans un pays où cette notion de Droit des libertés fondamentales de l'homme, si chères à la France, socle de notre Constitution, incarne au plus profond notre identité française. Et sans une perpétuelle et scrupuleuse remise en question de la valeur éthique et du pragmatisme de sa production, le média peut rapidement devenir un outil de propagande. Mais dans un pays peut-être abusé par sa propre notion de Liberté et de Droit, l'esprit critique est donc malheureusement souvent sacrifié sur l'autel de la confiance quasi-aveugle qu'exerce la population à l'égard des médias. Alors sur deux thèmes qui me sont familiers -quoique radicalement étrangers l'un à l'autre-, la religion et le football, je me suis appliqué à synthétiser la valeur ajoutée de mon expérience et de ma connaissance aux informations véhiculées par les médias. A mon grand regret, sur les thèmes sur lesquels je me suis penché, j'ai constaté des profondes incohérences, allant de l'erreur la plus grossière, en passant par la déformation, jusqu'au mensonge éhonté dans sa forme la plus absolue et à la désinformation. Si toutefois je constate ces manquements inavouables sur des thèmes que j'ai fait miens, qu'en est-il sur ceux que je ne maîtrise absolument pas, ou sur lesquels ma connaissance se limite à d'inaudibles balbutiements ? Ma confiance envers la crédibilité des médias peut-elle dès lors un tant soit peu se justifier ? Au risque de passer définitivement pour un footeux, je ne m'attarderai pas sur le thème de la religion –beaucoup trop vaste quoique relativement éloquent- mais sur les récents événements qui ont entouré le milieu du foot en général et du Paris Saint Germain en particulier, largement exploités médiatiquement. Le football a été inventé en Angleterre au début du siècle dernier, afin de canaliser la violence de la classe ouvrière. On sélectionnait ainsi le fleuron de la communauté, le nectar de la soupe ouvrière que l'on plaçait sur le terrain, et tous les autres dans les tribunes, dans le rôle des supporters enthousiastes. Les acteurs du carré vert étaient donc directement issus de cette marée ouvrière déferlante des tribunes, qui reconnaissait en eux le fruit de leurs entrailles, d'où une forte identification. Ce n'est pas un hasard si la mouvance hooligan a vu le jour outre-manche, c'est en effet en Angleterre que les clubs ont pour la première fois fait leur apparition à la bourse, ce qui a augmenté conséquemment leurs capitaux et en partie favorisé la libre-circulation des joueurs (ceci conjugué à d'autres facteurs comme par exemple l'arrêt Bosman). Ce phénomène a eu pour conséquence une perte d'identification de la part des supporters déjà turbulents par nature et la naissance de groupuscules ultra violents. Historiquement, le football est donc un sport qui fédère les couches les plus populaires de la société. Dans une capitale comme Paris, on imagine donc très aisément le melting pot qu'un club de football aussi populaire que le PSG puisse générer, avec ses bons côtés mais également ses aspects plus obscurs. Si mon propos peut se faire valoir d'une certaine légitimité, c'est que j'ai fréquenté pendant deux années les travées du Parc des Princes, naufragé volontaire dans cette déferlante ultra de la tribune Auteuil, noyé parfois, inondé souvent, submergé toujours, par cette ivresse incontrôlée qui vous entraîne au plus profond d'un torrent d'émotions intenses lorsque le virage chavire de bonheur, ou sombre dans un Niagara de larmes. J'ai ressenti dans cet univers surdimensionné une surabondance d'émotions qui s'engouffrent et s'enchevêtrent les unes aux autres en parfois quelques secondes, le frisson glacé qui vous parcoure subrepticement le dos lorsque la vague rouge et bleue déferle d'un seul chœur sa ferveur inébranlable et la hurle vers le ciel, qui lui répond affectueusement en laissant pleuvoir quelque parcimonieux scintillement sur la ville lumière, l'hystérie collective qui vous arrache et vous transporte jusqu'à l'épuisement, le malaise qui vous étreint lorsqu'un épais nuage recouvre le Parc et vous accule aux limites de la conscience, étouffé par l'odeur âcre des fumigènes, aveuglé par ce manteau épais dont s'est vêtu ce Parc si majestueux dans sa tenue de
soirée, n'entendant que le bourdonnement grandissant de la déferlante parisienne, ou quelque drapeau claquer insolemment au vent comme aux plus belles heures du triomphe des glorieuses armées napoléoniennes. Et cette fierté… Emotions uniques, indescriptibles. J'ai goûté l'ambiance ultra, je l'ai palpée. Et ce que j'ai goûté n'avait rien à voir avec la stigmatisation exacerbée de la plupart des journalistes actuels. Pourquoi ceux-ci ne parlent-ils jamais des actions humanitaires et sociales engagées par les supporters, parfois à l'échelle nationale, comme par exemple cette quête de fonds pour les victimes des bombardements au Liban, au début du conflit ? Pourquoi les fréquentes scènes de fraternisation entre supporters parisiens et d'autres clubs français et européens –comme celles auxquelles j'ai assisté face au club irlandais de Derry, où les supporters portant maillots de l'équipe adverse, scandaient le nom de l'autre club, échangeant fanions et écharpes– sont-elles passées sous silence, alors que les quelques actes de violence sont surmédiatisées ? La haine ferait-elle vendre ? Ou peut-être que le peuple s'en accommode très bien et en jouit, de cette violence, cette violence qu'il pointe du doigt et dénonce avec pruderie tandis qu'il s'en délecte à la télévision et au cinéma faisant remonter en lui les instincts les plus grégaire et animal, cette violence dont il use par procuration ? La haine ferait-elle plus vendre ? Ainsi le libéralisme aurait –paradoxe-, conduit le journalisme à la perte de sa liberté de retranscription honnête et désinteressée de l'actualité, et l'aurait conditionné à raisonner en terme d'économie de marché. Sinon pourquoi toujours mettre en exergue les quelques dérapages soigneusement préparés et provoqués, comme par exemple cette pseudo agression du camp des loges où on a dénoncé l'agression d'un journaliste alors que, dégainant sa caméra et brandissant la liberté de presse, il venait de violer un accord entre supporters et journalistes, accord passé 5mn plus tôt consistant à recueillir des interviews papier et non filmés, au nom du droit à l'image ? Et que dire de ces malencontreuses confusions, comme cette photo parue dans Le Figaro du 25 novembre illustrant des supporters violents parisiens allumant des fumigènes, où il se trouve que lesdits supporters sont tous soigneusement calfeutrés d'une écharpe aux couleurs de Tel-Aviv ? Ou bien ce reportage de TF1 diffusé en décembre pendant lequel, alors que le commentaire dénonce avec force détail le hooliganisme parisien, vous pouvez observer des images d'une poignée de fascistes torses nu saluant à la façon néo-nazie prise dans les années 90 dans les travées du stade Santiago Bernabeau à Madrid ? Vous avez dit journalisme ? L'Histoire de notre pays n'est pas sans rappeler qu'on a parfois su user de moyens tortueux pour parvenir à une finalité qu'on croyait noble. On peut penser à l'affaire Dreyfus par exemple. On a sans doute atteint le comble de la démagogie, du mensonge et de la stupidité lors du drame qui s'est produit en novembre à l'extérieur du Parc des Princes. Ce jour-là, un supporter a été assassiné par un policier, et un autre a eu le thorax perforé par la balle. On aurait pu faire le procès de la bavure policière, on a choisit de faire le procès du hooliganisme parisien. Des « violents agresseurs sionistes pro-américains » qu'ils étaient lors de la guerre au Liban, les Israéliens, après avoir passé tout le match à insulter, provoquer et conspuer le stade, sont passées au statut de malheureuses victimes du racisme. L'auteur du meurtre est devenu la victime, « le héros », pour reprendre les termes du représentant de la police le lendemain, et la victime l'agresseur, faisant partie de « hordes sauvages de fascistes d'extrême-droite ». Au fait, la victime s'appelait Mounir ; comme fascistes BBR, on a fait mieux… Que s'est-il passé réellement ce jour-là, qui peut le dire ? Le témoignage –plutôt essentiel– de l'Israélien pris a parti par les « hordes sauvages » n'a jamais été pris en compte ; il est apparu sur le site de l'AFP un des jours suivant le drame ; le lendemain, il avait disparu… Il affirmait pourtant que le policier avait tiré une seule balle en l'air, et que lorsqu'il a quitté le restaurant, personne ne gisait au sol. Aucun des témoins de la scène n'a pu aller déposer, il aurait été immédiatement inculpé d' »agression en réunion d'un représentant de la force publique dans l'exercice de ses fonctions ». Les mesures qui ont suivies ont atteint le comble de l'absurde, elles auraient pu en être hilarante de stupidité si ce n'avait été dans de telles circonstances. Les faits s'étant produits en dehors du stade, on a pourtant décidé de fermer une tribune à 6000 supporters dans le stade. Bravo. Mais cela n'a pas choqué le « bon sens populaire ». Pourtant, c'est bien un policier qui a tué un supporter, et pas l'inverse n'est ce pas ? Si le policier avait tué un maître-nageur, on aurait fermé la piscine municipale alors ? Et si c'était le supporter qui avait tué le policier, aurait-on fermé le commissariat ? Kafka n'aurait pas fait mieux… L'objet de cette réflexion n'est pas de cautionner l'idéologie scandaleuse et les agissements d'individus méprisables, mais il se trouve qu'en règle générale la seule chose qui différencie les « hordes sauvages» des policiers se situe simplement dans le port de l'uniforme. Il est sans doute nécessaire que les habitués du journal de Claire Chazal ou autre Delarue s'extirpent du carcan confortable dans lequel on a pris soin de soigneusement déposer leurs neurones engourdies. J'ai moi-même eu personnellement affaire à ces voyous en uniforme, CRS ou autre « agents de la paix », qui oscillent entre provocations verbales (« tu veux goûter ? » -tout en caressant nerveusement sa matraque), insulte pure et simple (« regarde-moi cette tête d'abruti ! ») ou autre provocation et incitation à l'altercation (CRS avec l'écharpe de l'om autour du cou un soir de PSG-om.) Après examen du dossier du policier auteur du meurtre, ce « héros », il s'est avéré que celui-ci avait été impliqué dans une affaire de tentative d'escroquerie, quelque temps plus tôt, pour une prétendue agression sexuelle. La police avait évidemment géré le dossier en interne. On peut légitimement s'autoriser à penser que ses agents sont ainsi plus régulièrement recrutés dans les fonds de tiroirs et dans la raclure de la société française que devant les sorties d'école de l'ENA ou de Polytechnique. Ainsi, si on associe la notion de liberté de presse à celle de représentation d'un Etat de droit, il n'empêche que la société a du souvent subir le cruel revers de son grisant et éminent pouvoir. Stefan Sweig expliqua clairement dans Le Monde d'hier l'escalade déplorable des journaux européens qui ont dans une juste mesure provoqué le déclenchement de la Première guerre mondiale. Même si la situation n'atteint pas encore de telles proportions, il n'empêche que la mise en exergue de phénomènes groupusculaires certes dangereux mais isolés dus à un certain laxisme institutionnel ne peut servie qu'à un durcissement inévitable du régime, tel celui connu massivement par l'Europe des années 30 par peur du Bolchevisme, ce qui concourt inévitablement à tous les extrémismes et autres communitarismes. A l'anomie succède toujours la tyrannie.
Jeremy Roy Article ajouté le 2007-02-01 , consulté 112 fois CommentairesLiensAfficher une version imprimable de cet article Retour aux articles |